Refusons les amalgames et la dissociation – Ma tribune en réaction à l’actualité politique – 19 février 2026
Un jeune homme est mort. Personne ne mérite la mort pour ses idées, aussi nauséabondes soient-elles. Il importe cependant d’appeler à la prudence et à l’apaisement : l’enquête est en cours, et nous devons la laisser se dérouler sans alimenter de tensions inutiles, dans un contexte déjà si conflictuel.
Il me semble ici que les conséquences politiques de ce qui est en train de se dérouler sont gravissimes.
L’extrême-droite déploie en France au sujet de Quentin Deranque les mêmes éléments de langage que pour Charlie Kirk aux États-Unis. Elle amplifie sa présence dans nos rues en commanditant ses groupuscules pour saccager des permanences parlementaires, menacer des élus, faire régner la terreur comme à Toulouse mardi soir en agressant les clients du bar L’Évasion, auquel j’ai apporté mon soutien hier et le réitère ici.
Ce qui doit sonner l’alerte, c’est le fait que la droite dans son ensemble se joigne à la meute en reprenant les éléments de langage des groupuscules fascistes : quand le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez associe la France Insoumise à « l’extrême-gauche », c’est la preuve d’une stratégie concertée, trumpiste, de dévoiement du langage. C’est la preuve d’une volonté de délégitimer un parti qui inscrit son action politique dans le pacte républicain de l’élection et par extension de jeter le discrédit sur toute la gauche et les écologistes. En employant la phrase « les mots tuent » alors que les groupuscules d’extrême-droite, leurs idées et leurs actions sont responsables de nombreux meurtres de rue, Gérald Darmanin travestit volontairement la vérité. Quand il affirme sur BFMTV que les collaborateurs de Raphaël Arnault « seront condamnés », il trahit sa fonction de ministre de la Justice et l’indépendance des magistrats.
Les médias Bolloré ont repris sans enquête les mensonges de Némésis, groupuscule d’extrême-droite prétendument féministe dont l’existence médiatique repose sur le harcèlement systématique des évènements de gauche. Ils se font ainsi l’instrument et la légitimation de ce déplacement du débat et du langage vers l’extrême-droite. La groupe Écologiste et Social a porté, la semaine dernière, une proposition de loi contre la concentration des médias : l’information et la vérité sont des biens communs trop précieux pour les abandonner à des milliardaires d’extrême-droite. Saluons ici le travail de la presse indépendante, dont les enquêtes, les recoupements, la recherche de vérité nous permettent d’avoir davantage d’éléments sur le véritable déroulement des faits.
Le spectacle que certains à gauche nous offrent depuis quelques jours est désolant. Dans l’empressement à se dissocier de la France Insoumise, par peur de la contagion et de l’opprobre, ils semblent oublier toute raison et nous précipiter collectivement dans le piège tendu par la droite.
La dissociation ne nous protégera pas.
Revenons aux mots : être antifasciste, c’est lutter contre le fascisme, une idéologie mortifère qui nie les conséquences du dérèglement climatique, qui lutte contre les droits des femmes, qui souhaite l’effacement des personnes issues de l’immigration et des personnes LGBTQIA+ et en situation de handicap.
Nous devons relever la tête et faire preuve de courage politique en refusant cette dissociation. À défaut, nous laisserons la droite et l’extrême-droite, dans un assaut commun, diriger l’agenda politique, édicter les places sur l’échiquier, nous enfermer dans leurs tenailles. Si nous les laissons qualifier la France Insoumise d’extrême-gauche, nous leur permettons à terme de décider de criminaliser toutes les formes d’engagement et de protestation. Nous mettrons alors en danger toute la gauche ; car une fois acceptée cette diabolisation, ils vont évidemment s’attaquer au reste de la gauche et des forces progressistes. Et c’est exactement ce que vient de faire Gérald Darmanin sur BFMTV en mettant en cause directement Mohammed Chihi, écologiste adjoint à la sécurité de la ville de Lyon, auquel j’apporte tout mon soutien.
Nous devons nous regrouper, faire oeuvre de solidarité, faire front. Sans faire mine d’ignorer les nuances politiques, voire certains désaccords profonds, qui composent la gauche, ce qui se passe ici est trop grave pour que nous laissions la droite diriger les mots et les actes. Refusons les amalgames. Refusons l’instrumentalisation de ce drame pour opérer des fractures entre les forces de gauche. Faisons preuve de courage et d’unité : le morcellement de la gauche ne peut que profiter à l’extrême-droite. Sinon, comment continuer à mettre en actes nos valeurs d’égalité, d’humanité, de solidarité, de justice ?
Audition du DG de la sécurité sociale – Commission d’enquête – Commission des finances
Audition de la DG des finances publiques – Commission d’enquête Commission des finances
Audition du DG du Trésor – Commission d’enquête – Commission des Finances