Ces dernières semaines, des hackers ont annoncé s’être introduits dans le système informatique de la DGFiP et y avoir subtilisé les données de centaines de milliers, peut-être de millions de personnes.
Ces fuites de données concernent les informations fiscales des citoyens, ainsi que leurs informations personnelles. Deux autres communications font état d’un piratage sur les données cadastrales ainsi que sur les données liées aux successions.
Cette fuite de données est une catastrophe individuelle et industrielle. Catastrophe individuelle car les données fiscales sont des données privées, mais également parce qu’elles peuvent être utilisées pour des usurpations d’identité, pour des opérations de hameçonnage destinées à voler d’autres données, ou encore pour des chantages.
L’ouverture et le croisement des fichiers informatiques contenant des données personnelles représentent un danger grandissant pour les citoyens sur le fichage de masse et la perte de libertés.
Nombreux sont celles et ceux qui gardent en mémoire l’usage fait pendant la guerre de 1939-45 des fichiers mis à la disposition du régime nazi.
C’est ainsi qu’en 1978, en réaction au projet “SAFARI”, un plan d’Etat qui voulait croiser tous les fichiers administratifs, la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) a été créée. Plus on dispose de données sur les citoyens, plus elles sont susceptibles de tomber entre de mauvaises mains ou d’être détournées de leur objet.
Ainsi, en cas de piratage informatique, quand les fichiers ne sont pas séparés, c’est un ensemble très dense d’informations extrêmement sensibles et dangereuses qui sont exposées à la fuite de données, à l’achat de ces fichiers dans le but de commercialisation et d’usurpations en tout genre.
Catastrophe industrielle car cette fuite révèle une ahurissante absence de sécurisation numérique des systèmes informatiques de la DGFiP. Suite au vol des données, l’Etat annonce vouloir renforcer la sécurité numérique des services en mettant en place un renforcement de l’authentification forte des agents pour accéder au système. Voilà bien la Macronie. Toujours faire peser la responsabilité de son inconséquence sur les individus et ainsi se dédouaner de ce désastre industriel en ciblant les agents dont le professionnalisme ne devrait en aucun cas être mis en cause dans cette affaire.
Ces alertes, je les avais exprimées au moment du passage en force de la loi de lutte contre la fraude sociale et fiscale en mai dernier. La multiplication des échanges de données fiscales et sociales pour poursuivre les plus précaires, l’obsession de ce gouvernement, pouvait conduire à la fragilisation de nos systèmes informatiques et faciliter l’accès à des données sensibles. Nous y sommes déjà !
Cette fuite des données est également un scandale démocratique. Le gouvernement a ainsi caché cette fuite massive pendant plusieurs mois, alors que les contribuables, déjà victimes du vol de leurs données, méritaient d’être informés immédiatement et l’ensemble des citoyens également. On saluera a minima les excuses tardives du Ministre de l’action et des comptes publics : reconnaître ses responsabilités est un fait rare en Macronie.
En réalité, ce que ce piratage révèle, c’est non seulement l’absence de souveraineté numérique dont souffre la France, mais également un terrible manque de culture en matière de sécurité informatique. Souvenons-nous de la localisation par le journal Le Monde du porte-avion Charles de Gaulle grâce à la course Strava d’un officier !
Une nation qui était pionnière sur la recherche en informatique et en réseaux dans les années 1990 se trouve désormais à la traîne par manque cruel d’investissement. Les ingérences étrangères dans la politique nationale se multiplient, qui passent notamment par le numérique. Pour autant, le gouvernement se précipite dans une dépendance à l’IA, un outil notoirement instable et peu fiable, détenu en majorité par les GAFAM, dont la protection de la souveraineté de notre pays et de ses données sensibles n’est certainement pas la priorité.
Hier, 17 août, nous apprenions que l’Éducation nationale avait subi fin juillet une fuite massive de données personnelles dont le ministère n’a concédé l’ampleur qu’après la revendication des mêmes pirates ayant visé le site des impôts. Aujourd’hui ce sont 6,8 millions de données médicales volées, dont 70000 numéros de sécurité sociale suite au piratage du site Alaxione. A ce niveau là, ce ne sont plus des fuites, c’est une véritable hémorragie.
Si l’affaire n’était pas si grave, la réaction du Premier ministre prêterait à rire. Il préconise la création d’une unité spécialisée dans la défense face aux intrusions illégales et au vol de données ! Quel périmètre, quels budgets, quels ministères ou collectivités concernés, quelle articulation avec le secteur privé particulièrement en matière de santé, détenteur de données médicales confidentielles, nul ne le sait !!
Investir massivement en faveur de la recherche pour la protection des données est un enjeu de souveraineté majeur. Travailler à la sensibilisation et à l’information de toutes et tous aux questions de sécurité numérique est une impérieuse nécessité démocratique.
La crise actuelle témoigne, une fois encore, si besoin était, de l’inconséquence et des graves manquements démocratiques des politiques macronistes dont la seule boussole est la réduction des coûts et ses régressions associées : amoindrir, réduire, diminuer, restreindre, limiter, rogner, sabrer voire supprimer certains budgets et en définitive abandonner les plus vulnérables, les services publics, les politiques de protection sociales, environnementales, climatiques et ici numériques.
Tout est lié.
Dès la reprise du travail parlementaire et dans la perspective de l’examen du PLF 2027, je ne manquerai pas de rappeler au Premier ministre et son gouvernement ses manquements répétés qui coûtent tant à la France et aux Françaises et aux Français.
La suite, c’est ensemble et par le rassemblement des forces de gauche et écologistes que nous devons l’écrire !
Le 21 août 2026, Christine Arrighi.